Avant les ONG, avant les programmes d'aide internationale, les communautés rurales haïtiennes avaient déjà construit leurs propres formes de solidarité : konbit, lakou, mutuelles paysannes, sociétés de travail, ti komite legliz, mouvements abitan. Charly Camilien Victor les rassemble sous le nom de formes sociocommunales de solidarité (FSS) et démontre qu'elles n'ont rien d'archaïque. Elles constituent un projet souverain de société alternative, ancré dans la résistance et la réciprocité distributive. À partir d'une enquête conduite dans la Péninsule Sud (Sud, Nippes, Grand'Anse) et d'une approche socio-historique d'inspiration décoloniale, l'auteur retrace les jalons longs de cette résistance, depuis le marronnage et les insurrections paysannes du XIXe siècle jusqu'aux épreuves contemporaines des FSS face à ce que Janil Lwijis nommait « l'international communautaire » : ce vaste système d'aide et de solidarité internationale (ISASI) qui prétend les épauler et risque, le plus souvent, de les dénaturer. En onze chapitres, l'ouvrage va de l'éclairage conceptuel (formes, abitan, modernité hégémonique, bourgs-jardins, communalité) à une comparaison serrée entre le modèle sociocommunal haïtien et la logique communautaire importée. Chemin faisant, l'auteur documente la mutualité comme économie plurielle, la fonction politique du lakou et du vodou, et les mécanismes par lesquels les kits de démocratie affaiblissent l'inventivité socio-historique des territoires. Premier tome d'une recherche au long cours, il invite à reconsidérer ce que solidarité veut dire, depuis les territoires que l'on n'écoute pas.
Les solidarités socio-communales en Haïti : De la résistance paysanne au labyrinthe de l'international communautaire